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La petite barbare est le surnom donné en prison à la jeune fille qui a attiré Ilan Halimi dans le piège mortel qui a fait la une des journaux en 2006.

Ecrit à la première personne, le roman nous présente une petite fille perdue entre un père qu’elle ne reconnaît pas et une mère en qui elle ne voit qu’une éducatrice. Depuis ses premiers souvenirs à 6 ans, c’est une lente dérive qui est évoquée, sans but, sans morale, sans amour ni amitié et surtout sans aucun sentiment.

Le langage parlé qui est utilisé ici m’a tout d’abord déroutée, je m’y suis habituée très vite et c’est vrai qu’il colle parfaitement au style du livre, à l’histoire racontée et à la personnalité de l’héroïne. C’est une langue brute, abrupte, hachée, violente et désincarnée comme cette jeune fille trop belle utilisée pour attirer des hommes et obtenir de l’argent facile et du champagne. Tous ses actes semblent tournés vers la recherche d’intérêt, argent, facilités en prison, peu importe les conséquences et pire, tant mieux puisque c’est toujours l’autre qui est responsable.

On plonge dans la vie de cette fille faite de rejet de la société, de ce que l’on est, et surtout rejet de la faute sur les autres. Du mépris plus que de la haine.

Paradoxalement, on comprend que cette jeune fille a néanmoins des rêves, celui de l’amour qu’elle ne connaît pas, celui d’une vie libre, et un amour des mots, des poèmes en particulier.

J’ai lu ce livre d’une traite, captivée et horrifiée. Comme il est glaçant de lire l’absence totale de remords, les « je veux », « on s’en fout », « je ne dis jamais non ». Comme il est révoltant de lire que quelques années de prison lui pèsent… « Dehors me manque. C’est ma torture » ose-t-elle. Comme il est insoutenable de se heurter à ces mots : « J’ai rien fait. J’ai regardé. »

Le talent de l’auteure est indéniable, il retranscrit à la perfection la violence de cette histoire. Mais le drame réel évoqué est trop insoutenable. J’ai espéré une fin avec de l’espoir, mais comment l’espoir peut-il surgir de tant de douleur, de tant d’horreur ? Comment  dépasser les « C’est pas ma faute. » ?

Un roman captivant mais très dérangeant. Je n’ai pas pu me détacher du fait réel.

Astrid Manfredi est auteure à l’atelier d’écriture Mot à Mot.

La petite barbare est paru chez Belfond en août 2015 (15€).

Livre lu dans le cadre du challenge « 68 premiers romans français, 68 premières fois » proposé par lecteurs.com.

Retrouvez désormais mes comptes-rendus de lecture sur mon autre blog Mes mots Mes livres

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