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Quand on part en congé solidaire, on étudie bien évidemment avec attention le détail de la mission, les activités susceptibles de faire partie de notre quotidien. On est aussi prévenu que ce n’est qu’indicatif, le planning pouvant varier.

Je m’attendais donc à faire de longs trajets en voiture pour compter les animaux, faire un comptage de 12h sur un même lieu de jour et peut-être de nuit, poser et relever des caméras, transcrire des informations sur ordinateur, faire des relevés de position des animaux par télémétrie, aider à remettre en état certains pompes, voire aider à attraper un léopard pour l’équiper d’un collier émetteur.

Lors de la formation avant le départ (2 jours obligatoires), et en rencontrant un volontaire parti quelques semaines avant moi sur la même mission, j’ai pu intégrer ces éventualités, dont je n’avais pas conscience à la lecture du descriptif de mission : l’urgence était de capturer ou un deux léopards pour recueillir davantage de données, notre mission serait donc en grande partie focalisée sur la « traque » et les appâts… Bah oui, un léopard est un carnassier, il mange de la viande donc…

J’avais également conscience qu’aucune mission ne ressemble à une autre, même avec des objectifs identiques et dans un même lieu. C’est une mission en vase clos, 6 volontaires et 3 « accueillants » vivant pratiquement 24h sur 24h ensemble, le groupe joue donc un rôle très important.

Sur place, nous avons commencé par de longs moments de formation, essentiellement durant les 3 premiers jours, alternant démonstrations et mise en pratique, dans la maison ou sur le terrain. Ensuite nous avons agi en autonomie, toujours encadrés par Paul le responsable de l’association ou Innocent notre guide et garde.

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Présentation des types de colliers équipant les animaux, de l’utilisation d’une antenne et d’un gps pour localiser et positionner un animal équipé, formation aux procédures d’endormissement.

Effectivement le planning n’était jamais prévu plus d’un jour à l’avance, et pouvait changer dans l’heure, ou en 5 minutes selon l’urgence. Nous avons expérimenté plusieurs fois des départs au pied levé, toujours avec bonheur. Il est aussi agréable de se laisser porter quand on sait pour quel but on travaille et dans un environnement exceptionnel.

Le groupe a très bien fonctionné, nous nous sommes tous très bien entendus et, malgré la fatigue, il n’y a pas eu de tension, nous avons formé une équipe soudée où chacun avait sa place. Nous étions tous là avec le même objectif d’être utile et de profiter de cette expérience unique, cela a renforcé la cohésion.

Au final, nous n’avons pas fait de transect, nous n’avons fait qu’une seule séance de saisie sur ordinateur, et pas de comptage de nuit.

Nous avons passé beaucoup de temps à nous occuper des caméras et à relever les positions des léopards équipés, essentiellement pour essayer de localiser les bêtes que nous tentions d’attraper. C’était un travail renouvelé quotidiennement. Et beaucoup de temps aussi à rechercher des appâts, à les préparer (je vous passe les détails, je n’ai pas pu me charger de cette tâche), à les disposer, à déplacer ou aménager la cage… Nous avons fait des journées très très longues (réveil généralement entre 5h et 7h, coucher à partir de 23h, petite pause en tout début d’après-midi), et sommes sortis plusieurs fois la nuit.

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Caméra (enfermée dans une boîte métallique fermée par un cadenas pour éviter les gros dégâts des éléphants ou les petits doigts joueurs des babouins…).

Peu de temps morts donc, peu de temps personnel également si ce n’est quelques minutes le midi ou le soir pour se reposer et prendre quelques notes, mais au final que de la bonne fatigue puisque tout était passionnant !

A noter que contrairement à la plupart des autres missions de Planète urgence, nous n’avions pas de jour de repos en milieu de séjour, mais seulement la possibilité de quelques visites et sorties à Victoria Falls, à l’arrivée et avant le départ. Cela ne m’a pas gênée, car il est bien évidemment impossible de sortir seul dans le parc, puisque en plein milieu de la brousse, et donc territoire des animaux sauvages… Cela na pas été une contrainte, car notre lieu de travail était la nature, tellement superbe !

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On cherche à repérer un collier !

En résumé, voici à peu près le planning du séjour :

J1 : départ de France à la mi-journée, train Nantes-Paris, vol Paris-Londres, vol de nuit Londres-Johannesburg.

J2 : vol Johannesburg-Victoria Falls, arrivée en début d’après-midi. installation au camping. croisière apéritive sur le Zambèze. barbecue au camping.

J3 : visite du site des chutes aux aurores. départ en fin de matinée pour Umtshibi en voiture. arrivée en milieu d’après-midi. installation et déjeuner. présentation du projet et de la mission. briefing sécurité.

J4 : matin briefing caméras et sortie pour relever les cartes mémoire, ramassage du bois / am briefing localisation par télémétrie et sortie télémétrie, visionnage photos.

J5 : matin briefing télémétrie et mise en pratique dans le bush. am paramétrage des caméras, mise en place et tracking antenne.

J6 : matin tracking et déploiement caméras. am briefing enregistrement des coordonnées gps sur ordi, sortie tracking.

J7 : journée de comptage à la plateforme.

J8 : matin relevé des caméras puis tracking. am préparation et mise en place appâts.

J9 : matin tracking. am caméras. nuit repas léopard.

J10 : matin déplacement cage et pose caméras. am tracking puis appâts.

J11 : matin vérification cage, appâts et caméras, tracking. am appâts.

J12 : matin matin vérification cage, appâts et caméras, tracking. visite au centre de préservation des lycaons. am tracking et déplacement appâts. nuit dart hyène.

J13 : matin vérification cage, appâts et caméras. am tracking et appâts. nuit affût léopard.

J14 : matin tracking et appâts, séance d’analyse des photos. am tracking, appâts. nuit affût léopard.

J15 : matin affût léopard. am route vers Victoria Falls, soirée libre (Boma).

J16 : matin marché de Victoria Falls et aéroport en fin de matinée.

J17 : retour…

Et puis au nombre des expériences inédites et époustouflantes, qu’on ne peut pas imaginer avant de partir, qui sont uniques et qu’on doute presque d’avoir vécues au retour…

Rencontrer une troupe de lions paisiblement couchés sur la piste, sur la route du retour, un soir alors que la nuit est déjà tombée. Apercevoir des yeux qui brillent dans la lumière des phares et découvrir ce spectacle magique…

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Être alertés, au milieu du dîner, par les cris d’un chacal, et par Paul qui nous explique que s’il y a chacal, le léopard n’est pas loin (pas d’explication à ce phénomène mais c’est vérifié !). Tout laisser tomber et filer en 4×4 à 100 mètres de la maison, au pied de l’arbre où on a installé un appât dans l’après-midi (mais malheureusement pas la cage…), et observer à la lampe torche un léopard manger dans un silence absolu pendant 40 minutes, entendre le bruit de ses crocs sur les os de sa proie et le regarder filer dans les hautes herbes à la fin de son repas… Rager car dans la précipitation je n’ai pas pris mon appareil photo…

Partir de toute urgence en pleine nuit essayer de capturer une hyène repérée près de la maison. Equipée d’un collier posé par une autre équipe de recherche quelques mois auparavant, le collier n’émet plus et c’est une occasion unique de lui enlever. S’approcher pendant plusieurs heures de la troupe de 6 hyènes en train de manger, réussir à être à moins de 20 mètres pour que Paul puisse tirer sa seringue hypodermique, voir la hyène touchée et s’enfuir, la suivre avec les lampes torches, attendre qu’elle s’écroule et soit endormie, répéter les consignes de sécurité et les rôles de chacun et prendre son poste (surveillance pour moi). Finalement intervenir en urgence, sous le regard curieux et proche des autres hyènes, pour ventiler et arroser l’animal car sa température atteint un seuil critique. Voir la mission réussie mais sentir la bête filer en un clin d’oeil au réveil, plus tôt que prévu, et avoir peur.

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Après avoir lancé sa fléchette anesthésiante, Paul s’approche précautionneusement pour vérifier que l’animal est bien endormi…

Préparer des appâts en fin d’après-midi en pleine brousse, à l’heure où les carnassiers se réveillent et sachant que le léopard traqué est dans le secteur. Revenir le soir et voir le léopard couché dans les herbes au pied de l’arbre que nous avons choisi. Voir sur les photos qu’il se cache quand la voiture approche, et monte manger dès qu’elle s’éloigne. Jouer au chat et à la souris pendant toute la soirée. Dormir quelques heures. Revenir à l’aube et reprendre le jeu. Se sentir souris, et prendre la mesure de l’intelligence et de l’instinct de cet animal…

Mon congé solidaire a été à la fois tout ce qui était écrit dans le descriptif et à la fois tout autre. En tous les cas une expérience unique !

Pour revoir tous les billets sur le Zimbabwe, c’est par ici.

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